Luis, le joggeur

 Voilà l’été qui arrive, avec son lot de coups de soleil, de jupes, et surtout de kilos d’hiver dont il faut se débarasser.

Le verdict de mon pèse-personne est sans appel :

Luis, le joggeur  dans Bordel de crotte de zut ! va_courrir2

Ca tombe bien, il y a un parc près de chez moi, ni une , ni deux, j’enfile mon survêt et une paire de baskets, et zou, la taille 38 ne sera bientôt plus un rêve !

Malgré la musique entraînante de mon MP3, la remise en marche de ma carcasse est un peu pataude et les premières foulées sont raides. On dirait un cyborg en train de courir avec un manche à balai coincé dans le cul. J’entame mon cinquième premier kilomètre quand j’entends les pas d’un joggeur derrière moi. Quand je ralentis, il ralentit, quand j’accélère, il accélère.

Soudain, il s’écrie: “BRAVO!”

    Hein ? je fais, le souffle coupé.

    Bravo, tou cours muy bieñ. 

    Merci.

Yé m’appelle Luis.

 Contente pour vous.

Je rebranche mon MP3, mais le joggeur, Luís, continue son monologue en adaptant son allure à la mienne.

    Tou sais, tou dois inspirer, expirer, si tou cours deux ou trois fois par semaine, tou ne sentiras plou la douleur. Tou as déjà couru à des marathons ?

     Non, jamais.

     La vie est vraiment pleine de sourprises ! Yé cours et yé té vois. Ma tou es vraiment souperbe !

Pause: j’aimerais tellement vous dire que ce monsieur était d’une précision redoutable, mais regardez-moi, en train de suffoquer comme un bœuf en chaleur, suant de partout même des sourcils, les joues en feu, un fin filet de morve pendant au nez que je ravale dans un raclement de gorge, alors force est de reconnaître que l’on fait plus facilement sexy dans le genre !

    Et ta cheveloure, elle est magnifique!

    Oui, mes trois enfants ont les mêmes cheveux que moi.

    Wouah, bravo, trois enfants et tou cours toujours comme oun lapine ! Muy bieñ, muy bieñ. Yé viens courir ici tous les dimanches, on pourrait courir ensemble si tou veux.

    Non, sans façon merci, je suis overbookée en ce moment.

    Ma tou fais quoi?

    Je suis prof d’anglais.

    Ma tou es en vacances alora ! Muy bieñ ! Tou sais, yé suis Mexicain, y dans mon pays, on admire la cheveloure des femmes. C’est la première chose que yé vou chez toi, me dit-il en fixant ma poitrine qui ballotait à chacune de mes foulées.

Il poursuit tandis que je scrute des yeux un raccourci pour regagner mon véhicule au plus vite.

    Dans mon pays, on dit qué lé passé c’est l’histoire, lé foutour c’est lé mystère, et lé présent c’est oun cadeau, la preuve yé souis ici avec toi.

    Héhé, et dans mon pays, on dit “il ne faut pas abuser des bonnes choses”, alors adios!

    Yé souis sour qué tou es oun personne très optimiste, tou souris tout le temps.

    Je ne souris pas là, je suis crispée à cause d’un point de côté !

    Tou veux qué j’appouie?

    Grrr bas les pattes! Ca va, c’est passé.

    Tou sais, la respiracione, c’est très important. Tou peux courir 20 kilomètres si tou ventiles bien, ça s’appelle la “respiracione contrôlée”. Tou passe par le ventre. C’est bon pour lé mental.

    Si tu le dis…

    Tou parles anglais alora ?

    Bravo, belle déduction…

    Moi, yé parle cinq langues.

    Cool.

    Tou as déjà vou le Mexique?

    Non, jamais.

    Mon pays a oun coultoure. Tou as déjà entendou parler des Incas?

    Oui, je n’ai râté aucun épisode des “Mystérieuses Cités d’Or”.

    Muy bieñ ! Tou as de beaux yeux, comme des étoiles dans le cosmos. Tou es tellement charmante qué yé envie de faire quelque chose pour toi: du guacamole tou connais ?

    Non, mais ça ira, merci.

    Tou sais, moi yé parle bien français, yé appris tout seul avec ma guitare en chantant les Biteless, ” Let it be”. Tou voudras qué yé joue de la guitare ?

    Malheureusement, j’écoute seulement du youkoulélé. Ah beurk !!!

    Quoi, qu’est-ce que tou as ?

    J’viens de marcher dans une crotte de chien ! je m’exclame dégoûtée, en essuyant ma chaussure contre une feuille.

    Ma, c’est la natoure ! Quand y’étais en Bolivie, y’avais loué oun âne pour monter en haut de la montagne, et tou sais là-haut, y’a pas de toilettes, tou fais dans la natoure, c’est plou sain qué dé sé réssouyer avec dou papier, ça té laisse des moutons dans lé coul ! Ma pourquoi qué tou rigoles ?

    Non, pour rien, laisse tomber. De toute façon, c’est ici que je m’arrête.

    Tou es déjà fatiguée?

    Oui, c’est ce que me dit souvent mon conjoint aussi.

    Bientôt quand tou courras tous les jours, tou pourras courir plou vite et plou longtemps. Et tout pourras faire ça aussi…

Je crois que Jean- Claude Vandamme a pris possession du corps de Luis qui est en train de faire une démonstration de grand écart latéral sous le regard amusé des autres joggeurs.

    Bon ben salut ! trop pressée d’en finir.

    Attends oun minoute ! Y’habite en face dou parc. Tou viens sonner quand tout veux.

    C’est ça Luis, merci, merci beaucoup. A la prochaine, hein…

 Je sens que mes baskets vont encore rester un paquet de temps dans le placard…

Commentaires

  1. May dit :

    Je ris. Au moins, cela te fait une anecdote à raconter ! :)

  2. kinou ze prof dit :

    Voui…mais je ne faisais pas trop la maligne sur le coup…lol.

  3. amar dit :

    tou devrais poublié dans un recueil de petite nouvelle je suis sûre que ça marcherais

  4. kinou ze prof dit :

    En fait, j’ai déjà tenté de le faire il y a 2 ans, mais les maisons d’édition n’ont pas retenu mon manuscrit. :’-(

  5. Frédeborêves dit :

    Le genre de mec qui te fait regretter de ne pas courir plus vite pour pouvoir lui mettre un boulevard et un vent par la même occasion (non tu n’est pas obligée de flatuler…c’est une expression djeun’s qu’en bonne prof tu connais forcement)

    Bizatoi

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